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Le rêve de l’humain augmenté

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En clarifiant la différence entre transhumanisme et posthumanisme, on explore comment la promesse d’humain augmenté peut glisser vers une hiérarchie discrète des vies jugées utiles ou non.
Visuel pédagogique sur le transhumanisme montrant une silhouette humaine partiellement augmentée par des éléments technologiques, pour expliquer la distinction avec le posthumanisme et les enjeux d’humain jugé plus ou moins utile
Une encyclique sur l'IA, dix questions pour diriger
épisode #5

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Pour bien comprendre ce qu’on appelle “l’humain augmenté”, il y a une première chose à clarifier. Deux notions se ressemblent, mais ne veulent pas dire la même chose. Et cette différence change tout.

D’un côté, vous avez le transhumanisme. Ici, l’idée est assez séduisante au premier abord : la technique pourrait renforcer l’être humain. On parle d’améliorer des capacités physiques, des capacités cognitives, de repousser les effets du vieillissement, et plus largement de retoucher, petit à petit, la condition humaine telle qu’on la connaît.

De l’autre côté, il y a le posthumanisme. Et là, on franchit un cap. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer l’humain, mais de le dépasser. L’idée, c’est que les catégories habituelles de “l’humain” pourraient, à terme, devenir obsolètes. Comme si ce que nous sommes aujourd’hui n’était qu’une étape provisoire, en attendant autre chose.

Pourquoi cette distinction est-elle si importante ? Parce qu’on passe d’une logique d’augmentation… à une logique de substitution symbolique. Et ça, ce n’est pas du tout la même chose. On ne parle plus seulement de “faire mieux avec ce qu’on est”, mais de “remplacer ce qu’on est par autre chose”.

Dans ces récits, l’intelligence artificielle prend une place centrale. Elle est associée à l’augmentation cognitive, aux interfaces cerveau-machine, au traitement massif de données. L’IA n’est plus seulement un outil qui aide à réfléchir ou à décider. Elle devient un support de la promesse d’un être plus performant, plus résistant, moins limité.

Autrement dit, on laisse entendre qu’on pourrait corriger l’humain. Le rendre plus efficace. Le rendre plus maître de ses contraintes. Et, sur le papier, ça peut donner envie.

Mais prenons un instant.

Il y a un point essentiel à garder en tête : ces récits sont en partie spéculatifs. Beaucoup de scénarios sont discutés, contestés, et il n’y a pas de consensus sur le “quand” ni le “jusqu’où” de ces transformations. Alors, est-ce que ça veut dire qu’on peut les balayer d’un revers de main ? Pas du tout.

Ce que peu de gens réalisent, c’est que leur influence ne dépend pas seulement du fait qu’ils se réalisent ou non. Leur force tient surtout à leur capacité à structurer l’imaginaire collectif. Même s’ils relèvent de la projection, ils tracent déjà une direction. Ils orientent des attentes, des valeurs, des investissements, des stratégies industrielles.

Et c’est là que ça devient vraiment intéressant… et un peu inquiétant.

Un discours sur l’humain augmenté peut paraître très positif. Il mobilise des mots qui sonnent bien : progrès, liberté, réparation, libération des contraintes. Qui serait contre l’idée de réparer, de soulager, d’émanciper ? Et pourtant. Derrière cette promesse, une autre idée peut s’installer, plus discrète, mais beaucoup plus lourde de conséquences.

Si l’humain est avant tout vu comme un matériau à perfectionner, alors ses limites deviennent des défauts à corriger. La fragilité, la dépendance, la vulnérabilité, la finitude… tout ce qui fait partie de l’expérience humaine peut glisser, doucement, du côté des “problèmes à éliminer”. Comme si être vulnérable, c’était être en-dessous de la norme.

Le risque n’est pas seulement technique. Il est moral, social, politique. Pourquoi ? Parce qu’à partir du moment où une société valorise en priorité l’humain optimisé, elle peut, sans même s’en rendre compte, créer une hiérarchie implicite entre les personnes. Certaines vies apparaissent alors comme plus désirables : plus performantes, plus adaptées, plus transformables.

Et les autres ? Elles risquent d’être vues comme moins utiles, moins rentables, moins dignes d’attention. Vous le sentez, le glissement ? Il n’y a pas besoin qu’un texte de loi dise : “ces personnes comptent moins”. Cette logique peut se loger ailleurs. Dans les récits de futur, dans les images de campagnes, dans les promesses commerciales, dans les critères qui guident les choix économiques.

C’est pour ça que ces visions ne peuvent pas être traitées comme de simples fictions inoffensives. Lorsqu’un récit présente l’IA comme un moyen de dépasser l’humain, il agit sur la façon dont une société imagine ce qui mérite d’être soutenu, financé, désiré.

Au fond, la question n’est donc pas seulement : “Est-ce qu’on peut augmenter l’humain ?”. La vraie question, c’est : “Que devient la valeur d’une personne lorsque l’augmentation devient, en arrière-plan, ce que l’humain est supposé être ?”.

Et là, on touche exactement au cœur du danger.

Frais et marquants

Visuel pédagogique sur l’intelligence artificielle et les armes autonomes illustrant une décision critique partagée entre un humain et une machine pour interroger le contrôle humain réel
Illustration pédagogique montrant une intelligence artificielle reliée à de multiples figures humaines et à des flux de données pour expliquer que chaque réponse dépend d’un travail humain et de ressources matérielles
Illustration d’un travailleur et d’une interface d’intelligence artificielle face à face, symbolisant l’évaluation des effets de l’IA sur l’autonomie, le jugement et la créativité au travail.
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Le travail a-t-il encore un sens ?

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Illustration pédagogique montrant un cerveau humain face à des flux de données rapides symbolisant l’intelligence artificielle pour questionner la vitesse numérique et la réflexion lente.
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Ce que la vitesse nous vole

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Illustration d’un podcast pédagogique sur l’IA et la désinformation, montrant des échanges d’informations numériques et la question de la confiance dans le débat public.
Visuel pédagogique sur le transhumanisme montrant une silhouette humaine partiellement augmentée par des éléments technologiques, pour expliquer la distinction avec le posthumanisme et les enjeux d’humain jugé plus ou moins utile
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Le rêve de l’humain augmenté

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